Après un début d'année en fanfare, Capcom semble ne pas vouloir ralentir la cadence des sorties aussi bien au niveau de la quantité que de la qualité. Cette fois c'est un portage d'un excellent jeu puisque sept ans après sa sortie initiale, Devil May Cry 5 est de retour sur Nintendo Switch 2 dans une nouvelle édition : Devil May Cry 5 Devil Hunter Edition.
Comment vous résumer l'histoire en évitant au maximum les spoilers ? Bien, lançons-nous. Grosso modo, Nero se fait voler le Devil Bringer par un mystérieux homme encapuchonné, un gigantesque arbre démoniaque pousse soudainement au milieu de Red Grave City, la laissant en proie au chaos et aux démons, et Dante qui semblait chômer depuis l'incident de l'Ordre de l'Épée trouve un nouveau contrat par le biais de son agent Morrison. Un certain V vient lui demander en personne de venir l'aider à éliminer un démon visiblement beaucoup plus puissant qu'à l'accoutumée. Point intéressant à prendre compte ici, les faits de ce scénario ne nous sont pas contés dans l'ordre chronologique, et de nombreux flash-backs viendront s’immiscer au fil des missions, d'où l'importance de bien prendre garde aux dates et horaires au début de chaque mission. Nous n'en dévoilerons pas plus, mais sachez que l'histoire de ce DMC5, bien qu'assez basique et conservant un petit côté série Z plein d'humour, enchaîne rebondissements et de révélations venant alimenter le Lore de la saga pour le plus grand plaisir des fans, et que sa fin en apothéose devrait réjouir plus d'un connaisseur. DMC c'est aussi une galerie de personnages, et outre les trois protagonistes jouables sur lesquels nous reviendrons sous peu afin d'évoquer leur gameplay, on retrouve également Trish et Lady, qui font plus acte de présence qu'autre chose, et surtout Nicoletta Goldstein, Nico pour les intimes. Armurière de génie pleine d'humour, elle est la petite fille de Nell, l'armurière de légende ayant, entre autres, créé Ebony et Ivory, les 2 mythiques pistolets de Dante. Si Nico est l'inventrice des Devil Breakers, bras de remplacement aux fonctions variées pour Nero, elle sert aussi de boutique générale et permet d'acheter les nombreuses compétences de nos trois héros, dont seules les jauges de vie et de Devil Trigger sont communes. Vous pourrez l'appeler à chaque fois qu'un téléphone public se présentera (généralement avant les boss), et elle rappliquera aussitôt avec son indestructible van occasionnant une saynète souvent hilarante et différente à chaque fois. Pour finir sur ce truculent personnage de Nico, en sus de sa capture faciale des plus réussies grâce à diverses mimiques, son doublage anglais (les voix étant aussi disponibles en japonais) avec cet accent du sud des États-Unis plouc au possible lui sied aussi comme un gant. On applaudit la performance !
Devil May Cry reste avant tout un Beat'em All, le point crucial étant par conséquent son gameplay. Le bourrinage de touches sera vite limité car les différents démons que vous croiserez ont diverses spécificités qui nécessiteront des approches différentes. II faudra par exemple attendre que ceux qui sont équipés d'un bouclier baissent leur garde, éviter les attaques imparables d'autres, faire attention aux ennemis qui arrivent par les airs et ainsi de suite, sans oublier les nombreux boss et leurs patterns uniques. La base me direz-vous, certes, mais nous voulions juste nous assurer que cela est bien clair pour tout le monde. Avec ses trois protagonistes jouables, le jeu propose trois types de gameplay complètement différents. Commençons par Nero, déjà aperçu dans DMC4. Le bougre a perdu son bras démoniaque, mais qu'à cela ne tienne, grâce au talent de Nico, il peut désormais revêtir des Devil Breakers, bras mécaniques à usage limité et aux fonctionnalités aussi diverses que variées. Pourquoi à usage limité ? Parce que ces bras sont à considérer comme des consommables, et qu'ils peuvent (doivent) être détruits volontairement ou accidentellement. Vous pourrez en récupérer plusieurs à la fois (soit en explorant les niveaux, soit en les achetant à Nico) en fonction du nombre d'emplacements que vous aurez au préalable débloqués. La particularité – qui avouons-le, nous a pas mal chagrinés – est qu'il est impossible de switcher entre ces différents bras. Le dernier bras ramassé étant équipé par défaut, il faudra le détruire via la touche L1/LB pour passer au suivant, ce qui est quand même un choix de game design discutable vu qu'en fonction des situations, certains types de bras seront plus utiles que d'autres. Heureusement, vous pourrez toujours les échanger à volonté via la boutique de Nico, et en profiter pour stocker certains modèles plus rares.
En revanche, dans le feu de l'action, il est frustrant de devoir parfois détruire plusieurs bras d'affilée afin d’accéder à celui dont on a besoin à ce moment précis. Sachez que la destruction d'un DB pourra également vous sortir de mauvais pas (ou utiliser une attaque ultime en le chargeant), et que vous le perdrez également si vous vous faites toucher pendant son utilisation. À titre d'exemple, vous pourrez vous amuser avec le Punch Line sur lequel Nero peut surfer, produire des ondes de choc permettant les esquives aériennes avec le Gerbera, ou encore profiter d'un ralenti temporel dans une zone délimitée avec le Rag Time. À noter que certains bras sont réservés à la version deluxe, mais que ce ne sont pas nécessairement les plus intéressants, comme le MegaBuster qui reprend l'arme de Megaman, clin d’œil amusant mais pas des plus efficaces en combat. Par ailleurs, le grappin cher à Nero - et indispensable pour les combos à rallonge et afin de ramener un ennemi vers soi y compris dans les airs -, est toujours accessible via la touche de verrouillage, et ce même lorsque vous n'avez plus aucun Devil Breaker en réserve. Nero dispose toujours de Blue Rose, son revolver à double canons pour les attaques à longue portée, et de Red Queen, son épée motorisée qu'il est possible de charger sur plusieurs niveaux dans le but d'accentuer la puissance des coups et des dégâts. C'est indéniablement le personnage le plus simple à prendre en main des trois, et les habitués de DMC4 ne devraient pas se sentir perdus.
Passons à V, le mystérieux nouveau venu et sa jouabilité atypique. Faible en soi (il ne se déplace pas avec une canne juste pour se donner en genre), V a le don d'invoquer plusieurs créatures pour l'aider à combattre. Un oiseau qui n'a pas sa langue dans sa poche aux attaques électriques pour la moyenne portée, une panthère pour le corps à corps et, à l'occasion, un énorme golem le temps d'une activation de Devil Trigger. Vous l'aurez compris, tout en contrôlant ses compagnons, V devra rester à l'écart et éviter au mieux de se retrouver dans le feu de l'action. Sauf que ce n'est pas aussi simple que cela peut paraître, puisque vos fidèles animaux possèdent également une jauge de vie et peuvent se faire mettre K.O. pendant un certain temps - qui peut être écourté si vous restez à côté de la sphère qui représente leur corps. C'est à dire que vous pouvez tout à fait vous retrouver seul au beau milieu d'un combat avec vos camarades inactifs, et là, bonjour la galère si vous n'avez pas une barre de Devil Trigger en réserve pour vous sortir de ce bourbier. Et cela ne s'arrête pas là puisque, petite subtilité, si vos assistants doivent réduire la vie des démons à leur minimum, ils ne peuvent les achever, ce travail revenant à V via une touche spécifique. Fort heureusement, V pourra se téléporter sur de courtes distances afin d'atteindre l'ennemi en question plus rapidement, et votre oiseau sera en mesure de vous éloigner du feu de l'action juste après. Au final une fois maîtrisé, on a l'impression de diriger une chorégraphie à distance à laquelle on viendrait juste mettre les points finaux. Une approche franchement originale et pas désagréable, surtout une fois la majorité des attaques débloquées, ce qui laisse plus de possibilités qu'on ne pourrait l'imaginer initialement avec un tel personnage.
Enfin, une fois Nero et V domptés et après avoir atteint la moitié des missions tout de même, vous aurez l'honneur d'incarner Dante. Et là, quelle claque ! Non seulement le bougre se permet d'entrer en jeu avec plus de possibilités que Nero et V réunis, mais en plus il rajoute quasiment à chaque nouveau chapitre une nouvelle arme ou un nouveau pouvoir. Au final, ce ne sont pas moins de quatre armes de corps à corps interchangeables à la volée avec la gâchette gauche, dont la nouvelle Cavaliere, une moto qui se transforme en deux épées (si si) et qui défouraille tout autour de soi, quatre armes à feu (dont le chapeau offert par Nico qui occasionne une séquence particulièrement cocasse et qui utilise les démonites rouges comme projectiles), le tout cumulable avec les quatre styles habituels ainsi que deux transformations. On ne va tout énumérer ici, cela serait futile mais sachez que la liste des coups déblocables et les variantes possibles qui en résultent sont tout simplement hallucinantes. Alors les habitués diront que ce n'est pas nouveau - depuis DMC3 Dante à toujours eu un gameplay des plus riches il est vrai -, mais là on y ajoute de nouvelles possibilités, des armes inédites et même une nouvelle transformation que nous nous garderons bien de vous dévoiler en détail. Bref, on se sent emportés dans un tourbillon de combos qui fusent, le switch entre les styles via la croix est immédiat et jouissif, haut pour les dashes, droite pour les coups spéciaux des armes de corps à corps, bas pour contrer quasi n'importe quelle attaque et gauche pour les armes à feu. Tout se fait de façon fluide et naturelle, l'on finit par retrouver ses marques, et les notes de style SSS pleuvent. Le pied est total, au point de regretter de ne pas y avoir eu accès plus tôt, et surtout d'espérer de ne pas avoir à rejouer les deux autres énergumènes (ce qui sera le cas mais de façon très succincte) qui font après coup bien pâle figure en termes de possibilités - même si on les apprécie bien quand même. Cerise sur le gâteau, il est toujours possible d'aller faire un tour dans Les Limbes, salle d'entraînement permettant d'apprendre des combos contre un mob au choix et sans aucune restriction. Capcom a même pensé à inclure un mode automatique pour que les plus novices puissent aussi profiter du spectacle et réaliser de jolis combos sans s'arracher les cheveux. Alors, elle est pas belle la vie ?
Si la durée de vie avec ses 20 chapitres côtoie celle d'un DMC4 (que l'on estime à environ 15 heures), DMC5 a le mérite de ne pas tomber dans le piège des allers-retours discutables de son aîné. Les redites y sont minimes, et même l'une des deux missions qui pourra être rejouée avec un personnage différent, propose une route alternative (l'autre étant une suite d'arènes avant un boss). Les environnements alternent entre les décors urbains chaotiques de Red Grave City, une ville imaginaire mélangeant le design de plusieurs grandes villes (dont Londres et New York), et des niveaux plus organiques, parfois naturels, mais plus souvent démoniaques et un peu redondants sur la fin. En termes de level design, on reste sur des niveaux en couloir, pas de zones ouvertes ni de HUB ici, ce qui ne signifie pas pour autant que vous traverserez les niveaux en ligne droite constamment. Le titre n'est pas avare en zones cachées, en détours et autres secrets qui nécessitent un minimum d'exploration et d'observation. Un mur destructible, un rebord inaccessible de prime abord ou une porte à la fermeture chronométrée ne sont que quelques exemples de ce qui vous attend si vous souhaitez récolter un maximum d'orbes sanglantes, et découvrir toutes les orbes bleues et violettes afin de maximiser respectivement vos jauges de vie et de Devil Trigger. Bien entendu, les missions secrètes sont toujours d'actualité, et vous demanderont de reconstituer un symbole en orientant la camera depuis un point précis avant de pouvoir les lancer.
D'ailleurs, pour les plus étourdis ou ceux qui, tout comme nous, possède un sens de l'orientation qui frôle le néant, les développeurs ont pensé a ajouter une aide qui oriente la camera vers la route principale. Cela n'a l'air de rien dit comme cela mais nous avons trouvé cet ajout fort utile pour trouver les différents secrets que l'on vient d'évoquer. Les musiques sont toujours dans la même veine et collent bien à l'action, les petits veinards qui opteront pour les éditions deluxe pourront même appliquer un thème à chacun des trois héros parmi plusieurs musiques tirées d'anciens opus. Finissons avec la partie technique et visuelle. Le RE Engine montre une fois de plus qu'il en a dans le ventre, avec des graphismes fins et détaillés même si le résultat semble un tout petit peu plus flou en mode TV qu'en mode portable. Les éclairages des différents environnements ont fait l'objet du plus grand soin et les textures ainsi que les divers effets spéciaux ne déçoivent pas non plus. Les animations sont également assez remarquables et d'un naturel saisissant en combat, mais aussi en cinématique où les visages font leur petit effet. Allez, histoire de chipoter un peu, il est vrai que ces derniers in-game ne sont pas aussi convaincants, mais il faut user du mode photo et de son zoom pour vraiment s'en apercevoir. Niveau fluidité, cette version Switch 2 parvient à maintenir un 60 fps parfait in-game en docké ou en portable, mais elle arrive aussi à atteindre 120 fps dans certains cas si vous avez activé cette option dans les paramètres de la console.