On a beau savoir que les remakes ont le vent en poupe ces dernières années, nous devons avouer que nous n'avions pas vu venir le retour d'une licence aussi vénérable que celle de Defender of the Crown, qui avait déjà eu droit à quelques adaptations entre 2000 et 2007. C'est pourtant bien aujourd'hui, en ce 13 août 2026 que Defender of the Crown: The Legend Returns arrive sur PC, PlayStation 5, Xbox Series et Nintendo Switch. L'occasion d'un petit retour dans le passé par le biais d'un nouvel article estival sur le site.
Pardonnez cette introduction assez bavarde, mais il nous semblait important d'ajouter un peu de contexte à notre retour pour que chacun comprenne à quel point Defender of the Crown avait su marquer les esprits à sa sortie. Seulement voilà, tout cela, c'était tout de même il y a déjà quarante ans, et on le sait, il est souvent dangereux de toucher aux souvenirs nostalgiques issus d'une époque révolue depuis longtemps. Black Tower Basement désirant à la fois satisfaire les joueurs des années 80 et s'attirer les faveurs des curieux, le studio ne s'est pas contenté de proposer un simple remaster du jeu original. Ainsi, on dénombre pas moins de trois modes distincts pour vivre l'aventure, chacun ayant droit à son accès personnel via le menu d'accueil. Le mode Retro, comme son nom le suggère, donne accès à la version originale du jeu sur Amiga, avec juste quelques petits ajustements visant à améliorer la qualité de vie. N'ayant pas de précisions les concernant, et n'ayant malheureusement pas eu accès au jeu à sa sortie initiale, impossible de vous en dire plus à ce sujet. Le mode Classique vous invite à vous lancer à la conquête de l'Angleterre dans une version améliorée du jeu de base. On dispose ici de graphismes plus fins tout en conservant l'approche pixel art originale, mais également de mécaniques de gameplay un peu moins obscures. Pendant les combats à l'épée par exemple, il est désormais possible de parer les attaques adverses, de charger un coup pour briser la garde de l'ennemi et de voir sa barre de vie et celle des soldats que l'on affronte. On ne va pas vous mentir, ces séquences demeurent très basiques, tant en termes de sensations que de gameplay pur, mais elles ont le mérite d'être plus lisibles. Dans la version Retro, il arrive en effet de perdre sans que l'on ne comprenne vraiment pourquoi; et sauf erreur, le principe consiste simplement à marteler le bouton d'attaque en avançant continuellement. Les joutes du mode Classique ajoutent aussi une gestion de l’équilibre (avec les touches RB et LB), et elles sont clairement plus abordables, mais compte tenu de leur brièveté, il n'est pas toujours facile de savoir si l'on a bien placé sa lance. Pour le reste, l'interface et les menus sont clairement plus agréables, tout en restant fidèles à ce que le jeu de 1986 pouvait faire en son temps. Le jeu consiste toujours à monter une armée suffisamment solide pour pouvoir vous permettre de conquérir de nouveaux territoires et de résister aux assauts ennemis sur les vôtres. En 2026, la boucle de gameplay semble toutefois assez limitée, et encore trop sujette à l'aléatoire parfois. Aussi, on en fait bien rapidement le tour, et ce ne sont pas les quelques activités plus portées sur l'action (assauts de châteaux, à l'épée ou la catapulte, tournois, avec leurs concours de tir à l'arc ou leurs joutes à cheval) qui parviennent à compenser cela. Ceci étant dit, on ne peut nier le soin apporté pour ne pas trahir l'ambiance et la philosophie du jeu original.
Le mode le plus intéressant pour un joueur de notre époque est finalement celui qui ne nous attirait pas plus que cela sur le papier, qui emprunte d'ailleurs un peu aux idées du remake de 2007. Dans le mode Royaume, on troque les phases d'action jouables en temps réel pour des combats et des joutes qui s'appuient sur une mécanique de deckbuilding et des jets de dés, le tout avec une dimension roguelike qui sied bien au genre. Là où, au moment de la sélection du personnage, les deux autres modes les départagent avec des statistiques de joute, combat et de réputation, ici chacun débute l'aventure avec un trait dédié : profiter d'un point de vie supplémentaire pendant les raids, possibilité de demander l'aide de Robin deux fois par tour, droit d'invalider le malus venant avec un jet de 1 lors d'un tournoi (nous y reviendrons), et enfin, obtention d'un ordre de plus durant les batailles. On dispose de plusieurs compagnies d'hommes au départ, avec des slots qui viendront s'ajouter pendant la campagne, à condition de ne pas perdre la vie évidemment. On peut bien sûr composer son deck de cartes à sa guise et en changer à mesure que l'on en débloque de nouvelles, s'équiper de certaines reliques (à acheter auprès de certains personnages croisés sur la carte), qui pourront donner un clair avantage lors des affrontements. Chaque déplacement sur la map demande un certain temps mais il est important d'y progresser pour gagner du terrain, découvrir certains lieux importants (la cathédrale permet de récupérer toute sa santé ou d'acheter des reliques, les maîtres de guerre d'acquérir de nouvelles cartes ou reliques, etc.), et bien évidemment, agrandir son territoire et augmenter son influence et ses revenus. Il existe des événements aléatoires et temporaires qui peuvent donner accès à des récompenses intéressantes, à condition de pouvoir s'y rendre avant vos adversaires principaux (les Normands). Chaque carte à jouer disposant d'un niveau, il faudra bien réfléchir avant de préparer son deck car au départ, vous ne pouvez pas dépasser un total de 9 pour le niveau de ce dernier. Comme évoqué plus haut, les batailles et les joutes se basent sur un premier lancer de dés des deux camps, qui donne un total pour chaque armée, et c'est assez logiquement celle disposant du plus élevé à la fin des différents tours qui remporte l'affrontement. Nous n'allons pas vous faire la liste de toutes les cartes et reliques disponibles et de leurs effets, mais sachez que l'aspect stratégique est important ici. Pour les tournois, le déroulement se veut un peu différent puisque, pour les affrontements à cheval par exemple, seuls les dés entrent en jeu pendant la course (ralentie) des deux montures. On peut y enchaîner les lancers pour obtenir le score le plus élevé possible dans le temps imparti, mais attention, car l'obtention d'un 1 le réinitialise immédiatement. Comme il n'est pas obligatoire de jouer les dés jusqu'à la fin du compte à rebours, rien n'empêche de s'en tenir à un total qui vous satisfait, sachant que vous ne découvrez celui de l'adversaire qu'à la toute fin. Si l'aléatoire est toujours de mise dans le mode Royaume, nous avons finalement trouvé que les systèmes mis en place s'avéraient plus ludiques et intéressants que les mécaniques d'action des deux autres modes, qui ne voulaient surtout pas trahir la proposition d'origine.
Au bout du compte, difficile de vous dire avec certitude si Defender of the Crown: The Legend Returns a une chance de vous séduire. N'étant pas très au fait des (nombreux) autres jeux de deckbuilding, nous ne pouvons comparer l'expérience du mode Royaume avec celle de ceux qui sont déjà disponibles sur le marché, et si nous y avons passé un moment plutôt agréable, il paraît peu probable que le titre de Black Tower Basement fasse jeu égal avec les pointures du genre (Balatro et Slay the Spire en tête). Les deux autres modes intéresseront clairement plus celles et ceux qui ont connu l'expérience originale, et qui s'y replongeront donc avec une certaine nostalgie. Ils risquent toutefois de voir leur regard sur ce jeu culte changer quelque peu en s'y réessayant aujourd'hui, les différentes phases d'action ne proposant pas vraiment une expérience satisfaisante, tandis que l'aspect stratégique et gestion manque clairement de profondeur. Autant nous sommes contents de voir revenir une telle légende et de la savoir accessible pour le plus grand nombre, autant il nous semble assez peu probable que la proposition parviendra à toucher beaucoup de joueurs. S'il serait potentiellement excitant de se dire que des titres comme It Came from the Desert, Rocket Ranger ou Wings pourraient eux aussi avoir droit à des remakes à l'avenir, nous pensons qu'ils nécessiteraient une refonte plus drastique de leur game design dans le mode dit Classique et qu'il n'est pas certain que cela pourrait aboutir sur une expérience réellement convaincante dans le paysage vidéo-ludique actuel. Inutile de vous dire que cela interroge forcément sur le bien fondé de ce genre de démarche et de sa viabilité pour les studios qui en ont la charge.